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Les services d’orientation et d’aide à la recherche d’emploi sont-ils un luxe ?

Édito du président d'Objectif Emploi

Les services d’orientation et d’aide à la recherche d’emploi sont-ils un luxe ?

En partageant dans mon entourage professionnel les nouvelles coupures budgétaires d’Emploi-Québec, intervenues sans préavis début mai, j’ai reçu une remarque des plus percutantes « De toute façon, l’aide à l’orientation et à la recherche d’emploi, on s’entend que c’est du LUXE ».

J’ai bien sûr répondu par les arguments qui suivent. Mais j’aurai tellement aimé les partager avec les décideurs politiques, les argentiers de nos finances publiques et les citoyens, que j’ai choisi de les retranscrire ici pour vous, avec quelques développements.

Avec la baisse continue des aides à l’employabilité au Québec, les équilibres budgétaires limitent le nombre de personnes bénéficiant d’aide au traitement social du chômage.

  • L’emploi est un facteur clé d’inclusion, d’intégration, de développement social. Quoi de plus fondamental que d’accéder à un emploi ? Quoi de plus rassurant que d’assurer ses revenus ? Quoi de plus progressiste que d’accéder à une emploi adapté ? Les enjeux de notre province ne sont-ils pas la création de croissance économique et sociale dont les données de base de l’équation sont une productivité faible et une population vieillissante ?
  • Quoi de plus essentiel que de subvenir à ses besoins par l’emploi ou l’entrepreneuriat ? Certes avant l’emploi il y a l’alimentation, le logement, la santé et l’éducation. Mais reconnaissons que l’emploi permet à un grand nombre de femmes monoparentales d’élever correctement leurs enfants, à des personnes de plus de 65 ans de compléter de maigres revenus où à de nouveaux immigrants de dépasser une autre frontière, celle de l’accès au marché du travail.
  • Les coûts sociaux et les frais de santé dus à un épuisement professionnel et aux ruptures professionnelles sont incalculables. Pourtant, une mauvaise orientation, un nouvel handicap ou une incapacité à accéder à des emplois en lien avec ses qualifications se payent chers, très chers. L’individu, la famille et l’État ne tirent pas un plein revenu des ressources humaines. Et je ne parle par des coûts psychologiques du chômage, de la perte de statuts et des risques de déclassement !
  • Investir en orientation professionnelle et aide à la recherche d’emploi élève la qualité de la main d’œuvre. Même les théoriciens économiques les plus classiques en conviennent. Permettre à des immigrants de trouver un emploi de qualité ou à des demandeurs d’emploi de se reconvertir c’est investir dans la perception fiscale future d’une meilleure rente de cotisations sociales. C’est faire preuve de progrès social et de croissance. Point ! On parle ici d’investir, pas de dépenser. Voilà toute la différence ! N’est-ce pas la vocation des institutions d’État de faire ce type de calculs ? Sinon, qui à le rôle de développer une vision coûts-bénéfices sur les grands équilibres macro-économiques ?
  • Les organismes communautaires offrent un service de qualité à des coûts marginaux très inférieurs à ceux des grandes administrations. Dans un contexte gouvernemental de réduction des déficits et de recherche d’efficience de l’administration publique, le calcul est vite fait. Les OBNL emploient des professionnels compétents et dévoués dans le secteur de l’économie sociale. Ce secteur représente d’ailleurs 240 000 emplois. Ainsi, chaque dollar investi dans un organisme communautaire est immédiatement injecté dans l’économie locale. Il produit un effet social direct d’accélération de l’accès au marché de l’emploi de qualité et il est créateur de richesses.
  • Les OBNL sont des agents économiques utiles sur le marché des talents. Alors que les employeurs cherchent des talents hautement spécialisés, les multiples mécanismes de recherche d’emploi et de développement de parcours formateurs de compétences sont des leviers sociaux et économiques non négligeables pour offrir aux PME des talents prêts à l’emploi. Ce sont pourtant ceux qui embauchent le plus et qui ont besoin de ressources pour demeurer compétitifs et innovants. Ces mécanismes garantissent un contrat social ET une flexibilité de la main d’œuvre.
  • Les OBNL en employabilité rendent un service qui n’est plus assuré gratuitement par personne d’autre. L’accessibilité aux services essentiels est en question. Et qui cela touche en priorité ? Les plus fragilisés à qui ont réserve des services de basse classe.
  • Moralement, comment un pays peut trouver le monde du travail toujours plus exigeant et abandonner les plus fragiles, les plus isolés et les plus ignorants des codes du marché du travail ? Le message envoyé par les nouvelles coupures de budget nous indique qu’ils seront plus nombreux à rester sans assistance, sans accueil, sans personnalisation des services et désarmés.

Alors, les services d’orientation et d’aide à la recherche d’emploi sont-ils un luxe ?  Bien sûr que non !

  • Les services d’aide à la gestion de carrière et l’accès à l’emploi dans un environnement économique turbulent sont un guide pour se raccrocher rapidement au marché. Un outil de réduction des coûts d’assurance chômage. Une assurance contre l’effritement des compétences des demandeurs d’emploi. Ils est le signe d’une société aidante, solidaire et sophistiquée.• La moitié des métiers sur le marché de l’emploi n’existaient pas il y a 10 ans. L’élaboration d’un projet professionnel réaliste est un filet de sécurité, une aide à l’employabilité durable, une habileté de la main d’œuvre d’un pays. Un avantage compétitif.
  • Quand on sait qu’un jeune entrant sur le marché de l’emploi changera de métier plus de 7 fois dans sa vie, savoir s’orienter est une habileté précieuse. Essentielle. Pas un luxe.
  • L’an dernier, le Conseil d’Administration d’Objectif Emploi visait à développer l’approche sociale innovante pour ses services d’employabilité. Nous voulions créer de nouveaux services et ouvrir la collaboration entre les OBNL et les territoires de Montréal sur lesquels nous sommes présents. Nous voulions répondre aux besoins émergents des communautés (demandeurs d’emplois, immigrants).

Malgré nos initiatives, les événements nous ont conduit vers des actions plus vitales de stricte survie financière. Alors que les OBNL en employabilité jouent leur survie avec les fonds publics, les services offerts se tournent vers les particuliers et les entreprises. Comme d’autres OBNL, nous cherchons à prolonger notre mission d’orientation professionnelle et de préparation au marché du travail avec les acteurs économiques et les personnes qui ont compris la valeur économique, sociale et culturelle de talents bien orientés et bien employés.

L’orientation et l’aide à la recherche ne sont pas un luxe mesdames et messieurs les citoyens et les politiciens. Cela devrait même être un droit. Il suffit pour le savoir d’être confronté une fois dans sa vie à un contexte économique difficile et à un marché très sélectif pour le comprendre.

Jean-Baptiste Audrerie
Président d’Objectif Emploi
Psychologue organisationnel, M.Ps. M.B.A.
Directeur marketing SPB Psychologie organisationnelle

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